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Le
timbre
a toujours constitué un bon
vecteur de promotion touristique : il
est pour un pays une vitrine peu coûteuse, toujours achalandée et
régulièrement renouvelable.
De surcroît, il est
par nature destiné à voyager, à circuler et à s'exporter. Grâce à nous
tous qui envoyons innocemment vos courriers de par le monde...
Dans cette petite
fenêtre ouverte sur l'ailleurs, les femmes sont très souvent
réquisitionnées. Mission : jouer les hôtesses d'accueil, détentrices
d'une image soigneusement cultivée, la plus enjôleuse et séduisante
possible. Il s'agit de présenter au monde une image positive et
attractive, de se présenter sous son meilleur jour. Et pour de très
nombreux pays, le meilleur jour, c'est le sourire d'une belle plante qui
vous accueille à la descente de votre avion ou vous envoie par-delà des
milliers de kilomètres un clin d'oeil en forme de rendez-vous
L'impact de ce genre de démarche peut sembler anecdotique. Et
très certainement plus aujourd'hui qu'hier. Les moyens de communications
modernes permettent d'accéder à toutes sortes d'images et d'en être
submergé. L'inconnu recule et il devient plus difficile pour les promoteurs
de tous poils de conserver le monopole des images ou des discours de ce
qu'il cherche à nous refourguer. Malgré tout, l'art de séduire se joue aussi
parfois dans les détails : dans les timbres par exemple même si leur portée
est moins directe et plus limitée.
Il n'empêche; moi je découvris un jour l'existence de Nauru,
une petite île d'Océanie : et ce fut à travers le visage d'une jeune femme
rayonnante...sur un timbre. Bien sûr, mon regard était un peu déformé par
les recherches philatéliques qui me conduisirent à elle. Malgré tout
aujourd'hui, sans avoir jamais mis les pieds sur le continent océanien ni
n'avoir jamais entendu causer de cette île mystérieuse, je n'ai comme image,
fondatrice, que celle-ci, pleine de lumière, de gaieté et de beauté...Comme
quoi, l'émission d'un timbre qui fera le tour du monde peut être tout aussi
efficace que l'édition bien plus coûteuse d'un dépliant à traduire en mille
langues....N'est-il pas ?
Ainsi la plupart des pays, parfois de manière récurrente
(surtout lorsqu'il s'agit de destinations touristiques)
s'adonnent à cet art éculé de l'instrumentalisation des figures féminines :
ici pour donner de soi une belle image, digne d'être exportée. Les exemples
sont nombreux, des plus tendancieux aux plus innocents. Si la France ne
pratique guère
cet
exercice s'agissant de sa Métropole, il n'en va pas de même pour ses
territoires d'outre-mer. Les timbres de Polynésie française en particulier
regorgent de riantes vahinés sur fond de plages ensoleillées. On frise
allègrement la caricature.
De notre point de vue, ce
type de représentation n'est pas si éloigné de celles qui avaient cours au
bon vieux temps des colonies. En plus "politiquement correct", voilà tout.
La démarche est identique : il s'agit de séduire
et d'utiliser une certaine
image de la femme-autochtone. Dans notre exemple polynésien, il est question
et parfois explicitement de promotion touristique : le charme féminin est
mis en coïncidence avec celui de la terre à visiter, portefeuille à la
main. Femme-pays à dé-couvrir comme en d'autre temps à conquérir. Une
esthétique contemporaine qui n'a rien à envier à celle de ses aïeux
lorsqu'il était question d'exalter la beauté des colonies. (voir plus bas "Femmes
sous regard colonial")
Une
autre formule d '"auto-promotion" nationale est l'exposition de son
folklore. Les timbres ont en effet aussi cette fonction de recenser le
patrimoine particulier du pays émetteur : à la fois à destination de
soi-même (construction identitaire : la cohésion nationale, historique et
culturelle passe par la mémoire collective et l'inventaire, la collecte) et
des autres (construction altéritaire : la reconnaissance de son
identité par autrui passe par le marquage de ses spécificités, de sa
différence). Aussi un des sujets les plus communs et universels de la
philatélie est la présentation par un pays de ses traditions vestimentaires,
parfois de ses coiffures (nombreuses séries africaines) et de ses
danses typiques. Les femmes y occupent une place privilégiée.
Les timbres émis sur ce thème - il s'agit souvent de séries sont
innombrables et de fait, ils occupent quantitativement une place importante
dans l'ensemble de notre corpus. Quoi qu'il en soit la quantité ne fait guère
nouveauté : les femmes occupent ici la fonction de mannequins ou de
présentoirs. Une variante spécial-traditions de leur mission attitrée
d'ambassadrices.
Dans ce monde de l'image qu'est la philatélie et à de rarissimes exceptions
près, nos ambassadrices toutes variantes confondues sont bien moins de
grandes diplomates internationales que d'ordinaires Miss nationales
enracinées sur leur podiums... Heureusement qu'il nous restent quelque Marie
Curie par-ci, ou Emmeline Pankhurst par-là...
...voir pour se consoler :
La Cause des Femmes
et Femmes
célèbres |